| 2009-04-09 03:55:50 |
Croissance non soutenable: tout était dit en ... 1972 ! |
Pourquoi étais-je sourd à l'époque ... |
Une question récurrente depuis plusieurs mois ressurgit en écoutant ce podcast: lorsque je suivais les cours d'HEC au début des années 80, plusieurs professeurs nous avaient parlé en auditoire du rapport Halte à la Croissance publié par le Club de Rome et de ses conclusions alarmistes pour le 21 siècle. A l'époque, j'étais passionné d'économie politique. J'étais aussi ouvert à la philosophie, aux remises en question et je me souciais déjà beaucoup de questions écologiques. Mais qu'est-ce qui explique que les conclusions du Club de Rome sont alors restées totalement en dehors de mes préoccupations ? A aucun moment, durant mes études en sciences économiques, je n'ai questionné ne serait-ce que durant une seconde les objectifs de maximisation du profit et de la croissance que l'on nous enseignait.
Je distingue plusieurs éléments de réponse. Premièrement, j'avais entrepris des études en sciences économiques "pour avoir un bon salaire". Secondement, si le désir d'accroître mes connaissances était fort, mes principaux objectifs de vie étaient d'ordre matériel. J'étais aussi relativement fermé à toute préoccupation métaphysique ou spirituelle. Elément important, une des sources de bonheur qui me nourrit aujourd'hui et me fait relativiser les préoccupations matérielles - le piano - était totalement absente de ma vie. Enfin, je pense que cela joue un grand rôle, j'avais à cette époque une foi totale dans les ressources du progrès technologique, lequel allait largement suffire pour résoudre les problèmes de surpopulation et d'approvisionnement énergétique annoncés par le Club de Rome.
Si je considère mon expérience personnelle, laquelle n'a bien évidemment aucun caractère d'universalité, ce qui m'aide à être maintenant dans le quotidien un objecteur de croissance, c'est le remplacement de la compulsion de consommation par la pratique d'un art, ainsi que le développement d'une démarche spirituelle.
Avec mon amitié,
Aka |
| 2009-04-24 04:16:22 |
Hervé Kempf - Pour sauver la planète, sortez du capitalisme |
Pour dépasser le capitalisme, il faut s'aider de la spiritualité ... |
Hervé Kempf insiste beaucoup sur la nécessité de réinventer le vivre-ensemble, afin de construire une société qui ne postule plus que les relations entre individus sont subordonnées aux lois du marché et de la marchandisation.
En ce qui me concerne, je ne crois pas aux capacités de l'être humain, en dehors du cadre familial ou sentimental, de dépasser son individualisme. A moins, toutefois, que ne se développe une vraie spiritualité au sein de la société. Je ne parle pas de religion, laquelle a prouvé au cours de l'histoire son exceptionnelle capacité à dresser des groupes humains les uns contre les autres, à promouvoir la rigidité, le dogmatisme, les privilèges, l'endoctrinement et la disparition tant de l'esprit critique que de la capacité à dialoguer en philosophe. La religion s'est d'ailleurs à ce point discréditée que dès que l'on tente, aujourd'hui, de prononcer le mot spiritualité, on s'attire les foudres passionnées de nombre de personnes, par ailleurs respectables et bien intentionnées.
Si laa spiritualité prend des formes multiples, elle est néanmoins profondément unificatrice, car elle apporte la prise de conscience de tout ce qui est commun à l'état d'Humain: le Beau, le Bon, le Juste, la Vérité, le Respect, l'Ordre, l'Harmonie, la compréhension que donner, c'est recevoir, ... Une fois développée sa représentation personnelle du sens de la vie, en accord avec les concepts à majuscule précités, il devient considérablement moins difficile de réinventer le vivre-ensemble. Beaucoup d'intellectuels imprégnés de grandes idées pour refonder notre civilisation sont aveuglés par l'aversion qu'ils ont développée à l'égard du concept de religion. Ils ne parviennent pas à comprendre que, faute d'intégrer la spiritualité dans les théories et mots-d'ordres qu'ils proposent, ceux-ci iront rejoindre au musée des idéologies le communisme, le socialisme, l'égalitarisme du passé. La difficulté, pour un intellectuel, un théoricien, d'intégrer la spiritualité dans son raisonnement réside dans le fait que celle-ci doit se vivre. Il ne suffit pas de l'appréhender uniquement par l'intellect. Il faut expérimenter ce passage, qui se produit sur de nombreuses années, entre une vision purement intellectuelle, mécaniste, rationaliste de la vie et une conception qui se teinte, puis s'imprègne de spiritualité, transformation intérieure qui s'accompagne d'un changement profond de la nature et de la qualité de ses rapports humains avec autrui.
Pour résumer ma réflexion, je crois que nous trouverons une solution à la crise qui s'abat sur notre civilisation dans la mesure où nous saurons redonner de l'importance, non à la religion qui divise, mais à la spiritualité qui unit, et ajouter celle-ci à la liste des moyens - des conditions en réalité - qui nous permettront de bâtir une civilisation durable.
Amitié,
Aka |
| 2009-05-22 04:09:32 |
Nicholas Georgescu-Roegen, économiste de génie |
Recommandation de lecture: LA DECROISSANCE, Georgescu-Roegen |
Ce livre, sous-titré Entropie-Ecologie-Economie est un condensé grand-public de la pensée de son auteur. Sa lecture provoque d'intenses réflexions sur ce qu'il y a de plus fondamental dans le processus de la vie et, de manière plus générale, sur le couple énergie-matière constitutif de l'univers. Je vous fournis ci-dessous le premier paragraphe de la préface de l'édition initiale du livre:
En 1610, le fameux Message céleste de Galilée ne put convaincre les docteurs de l'Eglise catholique de regarder le ciel avec un téléscope. Le premier des 3 chapitres qui suivent pourrait s'intituler Message terrestre; il date de 1970, mais la communauté internationale des économistes d'aujourd'hui n'a pas encore accepté de scruter l'économie terrestre avec le "macroscope" thermodynamique que leur propose Georgescu-Roegen. Paradoxalement, ce que ce dernier critique le plus dans la science économique dominante, c'est le dogme mécaniste de la science galiléenne ! Néanmoins, "dans un monde où les économistes remplacent les prêtres" (Ivan Illich), il en va de notre auteur comme jadis de Galilée.
...
Aka |
| 2009-08-20 03:33:16 |
Yolande de Châtelet, voyante et bénévole |
Faisons taire l'irrationnel à tout prix |
En prolongeant le raisonnement de Bertrand Méheust, on peut avancer que le retour de l'"irrationnel" - pour employer une expression moins péjorative, le réenchantement du monde - constituerait une menace pour la civilisation matérialiste fondée sur les dogmes du progrès technique et de la croissance. Probablement, car en se détachant de préoccupations essentiellement matérielles et matérialistes, en élevant son niveau de conscience, en modifiant sa définition d'une vie réussie, l'individu se libère peu à peu face aux injonctions de la société de consommation. Il cesse d'être un "bon client" et il ne nourrit plus avec autant d'enthousiasme la croissance économique. Cela rejoint les réflexions de [url=http://plusconscient.net/societe/77-francais/194-comment-nait-lhomo-oeconomicus]Christian Laval[/url].
Illustrons ce dernier point d'une métaphore: apprendre à un étudiant à jouer d'un instrument plutôt que la résolution d'une fonction mathématique d'optimisation n'entrerait pas dans les objectifs d'élaboration de l'homme économique voulu par le projet néolibéral. |