Bertrand Méheust - Trop tard pour sauver la planète ?
Année: 2009
Durée: 5' 27''
Bertrand Méheust, historien, sociologue et philosophe, vient de publier "La Politique de l'Oxymore". L'oxymore est une figure de style qui réunit dans un même mot ou expression deux concepts sémantiquement opposés, comme dans "silence assourdissant" ou "retour vers le futur". Bertrand Méheust explique que notre société, confrontée à ses contradictions, les absorbe en les dissolvant dans des oxymores: développement durable, voiture propre, écologie libérale, etc. Cela procure un alibi - ou un calmant - pour éviter la mise en question de notre mode de vie. Bertrand Méheust se montre très pessimiste face à l'éventualité d'un sursaut qui nous permettrait d'éviter de tomber dans la barbarie ...
Ecouter également Isabelle Stengers - résister à la barbarie qui vient, 12' pour comprendre la décroissance, Mise en question philosophique de l'idée de progrès, Technologie, gouvernance ou spiritualité ?
Lire un excellent compte-rendu du livre de Bertrans Méheust sur parution.com.

La descente aux enfers (écologie appliquée/vie économique)
J’énonce un constat cruel qui me semble difficilement contournable et que nous devons regarder en face, quelles que soient nos opinions religieuses, philosophiques ou politiques : le mode de vie que nous avons promu, et qui fait rêver la misère du monde – notre mode de vie occidentalisé n’est pas généralisable sous sa forme actuelle, sauf suicide de l’espèce.
Mais il faut être né dans la France rurale de l’après-guerre pour disposer d’éléments de comparaison et comprendre ce que recouvre l’idée de la « pression de confort ». Il faut avoir connu les chambres non chauffées, les toilettes au fond du jardin, les déchets que l’on recycle intégralement, le lapin du dimanche midi, l’eau que l’on va tirer au puits, l’orange à Noël, le bain du samedi soir dans la bassine chauffée sur la cuisinière, les enfants qui se lèvent à cinq heures du matin pour venir à pied à l’école – il faut avoir connu tout cela pour comprendre la pression que nos gestes quotidiens exercent sur la nature. Assurément, dans mon enfance, notre « bilan carbone » était optimal.
Imaginons, par exemple, que la catastrophe de juin 1940 – la débâcle – se déroule en juin 2008. La France de 1940 a pu en partie absorber le choc parce qu’elle était encore en grande partie rurale. En 2008, tout contribuerait à transformer la débâcle en un inimaginable chaos : les moyens de communication modernes démultiplieraient les rumeurs et amplifieraient la panique ; la structure étendue des villes rendrait impossible l’approvisionnement de la population ; l’organisation de l’espace et du travail, basé sur l’automobile, paralyserait la plupart des déplacements et donc des activités ; les traites, de ce fait, ne pourraient pus être payées ; l’économie s’effondrerait brutalement ; le repli sur les campagnes serait difficile ou impossible dans des délais si courts, à cause de la disparition presque totale du monde rural, de ses savoir-faire, des chevaux de trait ; le chauffage, essentiellement fourni par le fioul et l’électricité, ne pourrait plus être assuré ; les centrales nucléaires seraient abandonnées par leur personnel ; les banlieues mourraient de faim et s’embraseraient ; les personnes âgées et handicapées seraient abandonnées dans leurs mouroirs.
Conclusion (décroissants, en avant)
Il y a de fortes chances que nos descendants vivent dans un monde dégradé et appauvri, et nous pouvons difficilement imaginer ce que pensera et espérera cette humanité d’après le déluge. Cela ne sert plus à grand chose de réfuter le néolibéralisme, qui est insensible aux arguments, et que seul le choc contre le mur écologique pourra remettre à sa place. La question qui se pose donc, pour ceux qui s’intéressent au devenir de l’humanité, est de réfléchir à l’après-catastrophe, à la Reconquête.
C’est précisément parce qu’il est un être historique, c’est parce que son devoir est de s’envisager dans la très longue durée, que l’être humain doit s’autolimiter. C’est précisément au nom d’une conception élargie de l’histoire et du progrès qu’il faut refuser par tous les moyens la marchandisation du monde.
(extrait de La politique de l’oxymore de Bertrand Méheust)
Je voulais adresser mes compliments au webmaster pour ce site très instructif et vraiment sympa pour les aveugles !
Juste un bémol (que vous pourrez peut-être remédier) : c'est dommage qu'on ne puisse pas télécharger ! Rester 1h devant son ordi pour écouter un fichier audio, c'est trop long pour moi...
A bientôt !
Ah, je viens de voir le lien pour télécharger !
Merci encore pour ce site qui met en lumière des valeurs positives : la solidarité, la prise de conscience qu'un monde meilleur est possible... avec les conséquences catastrophiques du système actuel, c'est une œuvre de salubrité publique que vous effectuez !
Je vous conseille fortement de visiter le site OPLF - on peut le faire - voir le forum qui est une mine d'information, d'astuces, pour sortir du système établi et réapprendre à se débrouiller par soi même pour tout même pour se soigner. Bonne lecture.
"Développement durable" n'est pas un oxymore mais une tautologie.
Car la définition de développement, c'est : "amélioration continue et DURABLE des conditions économiques."
Bref, si la thèse de M. Méheust repose sur cette erreur, elle doit être assez bancale.
Voila un propos qui résume bien la situation :
" Libre a écrit :
« A l'échelon international, le système capitaliste augmente la disparité des richesses dans ce monde (toujours produire pour gagner plus de gain financier). En conséquence la diminution des ressources énergiques s'épuisent. Il y a d'autres solutions alternatives qui existent belles et biens mais les gouvernements ont tardé à les mettre en application. Je pense que nous devons revenir à une philosophie alternative, sociale, coopérative et humaniste sans penser à un profit individuel mais plutôt pour une cause humanitaire. Car l'enjeu de la survie de l'humanité, ne se pose pour la survie d'une suprématie d'un Etat. Nous devons revoir cette philosophie capitaliste qui à régis notre monde à l'individualité, incapable de prendre conscience de l'intérêt globale sinon je pense que nous allons vers le chaos. Nous ne pouvons plus vivre ainsi. Notre génération va compatir et sera victime des dommages collatérales de nos prédécesseurs. Comment replanter une végétation sur un sol déjà infertile, épuisé et climat défavorable?"
La suite :
" Une minorité de gens de bon sens essaye de faire bouger les choses mais quand je constate que la majorité de personne vive dans la médiocrité, l'insouciance et l'ignorance, c'est peine perdu!!!
Si la majorité des jeunes de notre génération se réveille trop tard, nous manquerons de temps pour faire bouger les choses, comment pourra t-il avoir un changement? Les Hommes de pouvoirs nous ont conduit droit dans un ravin. C'est inéluctable, ce n'est pas moi qui le dit, ce sont des scientifiques, des analystes, des statisticiens, des géopolitologues reconnus dans le monde entier. Mais restons toute pragmatique," heureusement que l'erreur est humaine"!...Mais je commence à croire que c'est dans la nature humaine de réagir trop tard.
PS : Il faut plutôt analyser comment les personnes qui vivent depuis des générations dans des tribus, sans pour autant être indépendant d'une régulation de monnaie ; ils vivent en harmonie avec la nature. C'est une sorte de bonheur en sois. Et nous qu'est ce que l'être humain fait par profit, il exploite leur terre pour implanter leur usine polluante."
Mis à jour ( Vendredi, 13 Novembre 2009 23:58 )