Dans cet enregistrement en anglais disponible en libre écoute, Kevin Kelly, co-fondateur du magazine "Wired", communique sa vision du futur d'Internet. Cette présentation est exceptionnelle. Il n'est pas inutile, pour l'exploiter au mieux, de visioner d'abord la vidéo, puis d'utiliser la bande-son comme seconde exposition.
Kevin Kelly explique que le Web peut être vu comme constituant une machine unique: une machine qui ne tombe jamais en panne et qui, dans sa complexité, approche celle du cerveau humain. Un cerveau qui consomme toutefois 5 % de l'électricité de la planète ! Contrairement au cerveau humain, la puissance de traitement du Web double tous les 2 ans. Dans 30 ans, la machine Internet égalera la puissance de calcul de l'ensemble de l'humanité !
Kevin Kelly caractérise l'évolution du Web selon 3 axes: concrétisation (embodiment), web sémantique et codépendance. A l'avenir, la séparation entre le Web et le monde réel va s'estomper. A mesure que l'interconnexion des objets se généralisera, nous vivrons de plus en "dans" le Web, c'est à dire en contact de plus en plus étroit et permanent avec lui. La seconde évolution verra le Web se transformer en une gigantesque base de données. Ce ne sont plus seulement les pages qui seront interconnectées entre elles, mais les idées, les concepts, les mots contenus dans ces pages. Le résultat de cette double évolution - physique et sémantique - sera l'émergence d'une codépendance entre les 6 milliards d'humains connectés et les 6 milliards de cerveaux que représentera la machine Internet en terme de puissance. De même que nous ne pouvons imaginer vivre sans l'écriture, nous ne pourrons nous passer du Réseau.
Il est difficile d'imaginer tous les impacts philosophiques et civilisationnels de l'évolution décrite par Kevin Kelly. Bonne cogitation !
Dans cette interview disponible pour écoute, Leornado Bonanni, architecte et doctorant au Medialab du MIT parle de ses travaux, en particulier de la plate-forme sourcemap.org qu'il a développée. Sourcemap.org est un outil collaboratif alimenté à l'instar d'un Wikipedia. Son objectif est de permettre la traçabilité des éléments qui composent un produit - ordinateur, voiture ou steak-frites par exemple - ou un service. La provenance des composants est visualisée sur une carte, façon Google Map. Les chaînes d'approvisionnement permettent de calculer le bilan carbone du produit, ce qui fait du concept sourcemap un outil de choix pour l'écologie industrielle.
Une seconde partie de l'émission parle de la singularité (singularity), une composante de l'idéologie transhumaniste. La singularité postule que le progrès technique connaît une évolution exponentielle avec pour résultat - attendu ces prochaines décennies - une convergence de l'homme et de la machine. En d'autres termes, l'avenir de l'homme est dans la machine. Chacun jugera du caractère étonnant de cette philosophie qui entend déléguer à la technologie l'évolution de l'être humain.
Cet entretien avec Danièle Bourcier, directrice de recherche au CERSA-CNRS/Paris II et Evelyne Gayou, chercheur, compositeur, productrice à la radio, est consacré au concept de sérendipité. Connaître un nouveau mot offre l'avantage de pouvoir mettre une étiquette sur un concept, ce qui permet d'en prendre conscience et de le manipuler. La sérendipité se manifeste de manière privilégiée dans notre utilisation d'Internet, mais elle joue aussi fréquemment un rôle dans les découvertes scientifiques. Pasteur disait: "le hasard ne favorise que ceux qui sont prêts à l'accueillir", ce qui s'applique pour la sérendipité. Définir et prendre conscience de la sérendipité, c'est aussi ne plus regretter s'être laissé "égarer" sur le Net !
Dans cette interview, Jérôme Balesdent, chef de département adjoint Environnement et agronomie et Pierre Stengel, directeur scientifique "Environnement, écosystèmes cultivés et naturels", tous deux à l’INRA nous expliquent que le sol constitue un éco-système extrêmement complexe. Un mètre carré de sol peut héberger plus de cent milles espèces différentes de micro-organismes dont le 90 % sont encore inconnues des biologistes. Plutôt que de chercher à éliminer les espèces qui sont défavorables aux cultures, on essaie d'améliorer les conditions favorables aux micro-organismes antagonistes des espèces nuisibles. La rotation des cultures accroît la biodiversité du sol alors que les traitements chimiques la réduit. D'autres sujets sont abordés, comme la phytoremédiation - concentration des métaux lourds par les plantes dans un but d'assainissement - ou les difficultés liées à l'épandage de boues d'épuration.
En septembre 1904 à Berlin, un cheval provoque une énorme controverse en se livrant à des prouesses arithmétiques (opérations de base, racines), en épelant des mots, en appariant des personnes à des photos. Il est testé par une commission scientifique qui doit se résoudre à confirmer ses talents. Vinciane Despret, philosophe et psychologue, nous décrit les étapes qui permettront de mettre la main sur l'explication - surprenante - des talents de Hans, laquelle constituera un apport à la psychologie expérimentale naissante de l'époque.
Bernadette Bensaude-Vincent, professeure d’histoire et de philosophie des sciences à l’université Paris-X Nanterre et Jean-Michel Besnier, philosophe, Université de Paris IV - Sorbonne, s'expriment sur la direction que prend la science aujourd'hui. La recherche, autrefois vouée à l'étude et à la compréhension du monde, est de plus en plus orientée vers l'obtention de percées technologiques transformables directement en avantages économiques ou militaires. Est évoquée également la convergence NBIC (nanotechnologie, biotechnologie, techniques de l'information et sciences cognitives): il s'agit d'instrumenter les briques de base que sont les atomes, les gènes, les bits et les neurones afin de construire de manière bottom-up (en partant du bas) des systèmes plus complexes et auto-répliquants. Comment parviendra-t-on à garder le contrôle lorsque ces créations artificielles seront disséminées dans l'environnement, qui endossera la responsabilité en cas de catastrophe sanitaire ou écologique, quels problèmes éthiques se poseront lorsque se développeront les technologie d'augmentation de l'humain: quelques questions abordées par les intervenants en fin d'interview.
Anne Rasmussen, maître de conférence à l'Université de Strasbourg, parle de la pandémie de grippe espagnole de 1918, laquelle a fait, en quelques mois, beaucoup plus de victimes que la guerre qui s'est terminée la même année. Anne Rasmussen évoque les politiques mises en place par les autorités. Celles-ci doivent trouver un équilibre entre la nécessité de juguler la contagion et le souci de ne pas trop perturber le fonctionnement de la société. Il faut trouver un juste milieu entre le devoir d'informer et la volonté de ne pas provoquer de panique dans la population. Ces éléments de décision restent valables aujourd'hui. Dans cet ordre d'idée, il est piquant d'apprendre que les éleveurs de porc ont demandé de ne plus parler de grippe porcine, d'où le terme de grippe A utilisé désormais.